Non sans prudence, erreurs et tâtonnements, parfois avec génie, la bande dessinée s’est emparée d’un sujet aussi universel qu’indicible : la Shoah. C’est ce parcours historique et artistique à travers le 9e Art que vous invite à découvrir cette exposition, en interrogeant les sources visuelles de ces représentations, leur pertinence, leur portée et leurs limites, des comics à la bande dessinée franco-belge, des romans graphiques aux mangas.

Naissance d’un sujet

Premiers témoins, premiers dessins

La première partie de l’exposition met en lumière l’œuvre des précurseurs : les témoins directs de la Shoah, ceux qui en ont été les victimes. Ces premiers schémas narratifs ne correspondent pas exactement à la définition de la bande dessinée mais constituent des suites qui font sens. Ces témoignages contemporains de la Shoah, pour la plupart clandestins, décrivent, crayon ou pinceau à l’appui, l’horreur et l’absurdité du quotidien de ces artistes au cœur de l’enfer. Aucune caméra, aucun texte, n’aurait pu traduire la réalité du processus de mise à mort des Juifs d’Europe avec une telle acuité.

Une œuvre-phare

Mickey au camp de Gurs, d’Horst Rosenthal

En 1942, un dessinateur inconnu nommé Horst Rosenthal dessine un petit fascicule composé de 15 dessins à l’aquarelle, montés en album relié manuellement intitulé Mickey au camp de Gurs. Sur la couverture, il écrit : « Publié sans autorisation de Walt Disney ». Le narrateur s’incarne lui-même dans le personnage bien connu des enfants, son point de vue étant réfracté par le prisme de l’animalisation, un procédé qui sera repris ultérieurement, aussi bien par Calvo que par Spiegelman. Cette œuvre constitue l’un des premiers témoignages directs de l’horreur concentrationnaire à la française.

À découvrir dans l’exposition

  • Mickey au camp de Gurs, d’Horst Rosenthal
  • Les dessins de David Olère, témoignant sans ambiguïté de l’impensable réalité d’Auschwitz.
  • L’œuvre de Chaïm, dit Jim, Kaliski, témoin direct de la condition des Juifs belges pendant l’Occupation, dont le père fut arrêté et assassiné à Auschwitz en février 1944.

 

Un sujet hors sujet

Quand les artistes ont-ils pris conscience pour la première fois de la Shoah ? Tardivement. En France pourtant, La Bête est morte ! de Dancette et Calvo (1944) la mentionne très tôt de façon précise mais réfractée : la guerre des hommes est devenue celle des animaux. Dans Cœurs vaillants, la même année, une bande dessinée de Robert Rigot évoque Mauthausen, le calvaire des déportés chrétiens, mais oublie celui des Juifs. Aux États-Unis, la bande dessinée de reportage Photo-Fighter dans True Comics (1944) l’effleure tout juste. Tout comme en Europe, le thème de la persécution des Juifs d’Europe est bien absent des récits des super-héros qui pourtant, tel Captain America, n’hésitent pas à ridiculiser Hitler et sa clique dès 1940. Dans l’immédiat après-guerre, on évoque des camps de concentration dignes de l’enfer, mais les Juifs n’y sont pas.

Une œuvre-phare

La Bête est morte !, d’Edmond-François Calvo et Victor Dancette

La Bête est Morte ! d’Edmond-François Calvo et Victor Dancette (1944) paraît quelques mois seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle entreprend de raconter la guerre en la transposant chez les animaux : les Allemands sont des loups, les Français des lapins, les Belges des lionceaux, les Anglais des dogues, les Américains des bisons et les Russes des ours. Les événements racontés sont suffisamment précis pour ne laisser aucun doute au jeune lecteur : ce sont les atrocités que viennent de vivre ses parents pendant le conflit.

À découvrir dans l’exposition 

  • Le Héros de Budapest et Seul contre la barbarie (L’Oncle Paul), de Jean-Michel Charlier et Jean Graton, une histoire de deux fois quatre pages parue dans Spirou en 1952. Cette BD, première mention de la Shoah dans la bande dessinée franco-belge, évoque la déportation des Juifs de Hongrie vers le centre d’extermination d’Auschwitz.
  • Master Race, d’Al Feldstein et Bernard Krigsteinpublié dans Impact #1, 1955 : une œuvre qui décrit pour la première fois de manière réaliste l’assassinat des Juifs, dans une forme inventive et avant-gardiste qui détonne encore de nos jours.

Une relation chaotique et difficile

Un temps de latence

La Shoah va rester longtemps, dans la bande dessinée et ailleurs, un tabou. Les super-héros tournent autour des camps d’extermination, y entrent parfois, mais ne libèrent jamais les prisonniers et il est, somme toute, heureux qu’il en soit ainsi. Les super-héros sont tout simplement interdits de Shoah. Comment, en effet, mettre en avant le génocide des Juifs dans une Amérique, certes en guerre, mais où l’antisémitisme est loin d’avoir disparu ? La question occupe bien moins encore les créateurs européens ou japonais. Il faudra attendre la fin des années 1970 pour voir la BD européenne et japonaise s’ouvrir aux personnages et au martyre juifs.

Pourquoi les super-héros n’ont-ils pas libéré Auschwitz ?

L’exposition, dans cette seconde partie, tente de répondre à cette interrogation à travers des œuvres-phares de la bande dessinée

 

À découvrir dans l’exposition

  • X-Men Vs. Magneto (Uncanny X-Men, #150, oct. 1981) de Chris Claremont, Dave Cockrum, Josef Rubinstein, Bob Wiacek, Tom Orzechowski et Jean Simek.
  • Que se serait-il passé si Captain America n’avait pas été le seul super-soldat pendant la Seconde Guerre mondiale ?  (Série « What if ? » Vol.2 #28, août 1991) de George Carragone, Ron Wilson et Ralf Cabrera.
  • Au nom de tous les miens de Patrick Cothias et Paul Gillon (d’après l’œuvre de Martin Gray, 1986).
  • Partie de chasse de Pierre Christin et Enki Bilal.

Une œuvre-phare

L’Histoire des 3 Adolf, d’Osamu Tezuka

L’Histoire des 3 Adolf est un point de vue d’exception : il est le seul exemple connu en bande dessinée d’un récit de la Shoah narré par un Japonais. Une œuvre singulière qui met en parallèle l’histoire du Japon et celle de l’Allemagne lors du second conflit mondial. 

La révolution Maus

En 1980, sous la forme d’un supplément de la revue d’avant-garde RAW, Art Spiegelman, figure du mouvement Underground américain, publie Maus qui convoque pour la première fois la Shoah comme sujet principal dans la bande dessinée. L’ouvrage, qui traite aussi de la difficile relation de son auteur avec un père rescapé d’Auschwitz, est publié en deux volumes en 1986 et 1991. L’accueil est unanime : il reçoit un Prix Pulitzer spécial en 1992 ainsi que de nombreuses récompenses internationales, dont un Grand Prix d’Angoulême pour Art Spiegelman en 2011. Et pour cause : outre changer la perception de la Shoah dans la bande dessinée, Maus constitue une révolution esthétique de premier plan qui va profondément modifier le regard porté sur la BD, et ceci au niveau mondial.

Un rire grinçant

Le feuilleton de Marvin J. Chomsky Holocaust (1978) a incontestablement marqué son temps avec des réactions très diverses, notamment satiriques. L’humour est-il compatible avec la compassion, voire le respect, que méritent les victimes ? Le débat reste ouvert.

À découvrir dans l’exposition 

  • Des dessins de Georges Wolinski, dont un issu d’une couverture de Charlie Hebdo titré Hitler super-sympa. Hors contexte, cette représentation pourrait choquer. La réalité est tout autre si l’on songe à la date de sa publication, le 2 novembre 1978, soit quelques jours après une interview dans L’Express où Darquier dit de Pellepoix déclare qu’à Auschwitz, on n’a jamais gazé que les poux.
  • Histoires d’une région enragée (janvier 2006), publié par les auteurs, Uri Fink et Gabriel Etinzon, qui en sont venus à parodier Maus d’Art Spiegelman dans un récit intitulé Hummaus.

Transmission et référence

Mémoriaux

Faut-il encore rappeler l’impact de Maus sur l’image et le statut de la bande dessinée, culturellement mais aussi commercialement ? C’est à l’échelle du monde que la librairie s’ouvre désormais aux « Graphic Novels », permettant l’émergence d’œuvres mémorielles majeures comme L’Ascension du haut mal de David B. (1996), Persepolis de Marjane Satrapi (2000), L’Art de voler d’Antonio Altarriba et Kim (2011) ou encore L’Arabe du futur de Riad Sattouf (2015). L’heure est aux identités dévoilées, au retour aux sources et aux traumatismes. La Shoah n’y échappe pas.

Une œuvre-phare

Deuxième génération – Ce que je n’ai pas dit à mon père, de Michel Kichka.

En 2012, Michel Kichka ose se confronter au Maus de Spiegelman en livrant à son tour le témoignage d’un enfant de survivant. Cet ouvrage, par sa maturité mais aussi par son émotivité toute maîtrisée, doit être perçu comme un véritable point d’aboutissement générationnel. 

À découvrir dans l’exposition

  • Yossel, de Joe Kubert, une autofiction nourrie d’histoire où le jeune Yossel se retrouve prisonnier du ghetto de Varsovie, et où, devenu orphelin, il survit grâce aux dessins qui amusent les nazis.
  • Vivre libre ou mourir – L’autre Doisneau, de Raphaël Drommelschlager et Jean-Christophe Derrien. Le récit raconte comment Robert Doisneau en vint à fabriquer de faux-papiers pour des Juifs fugitifs, laissant même l’un d’entre eux user de sa propre identité.
  • Femmes en résistance : Mila Racined’Emmanuelle Polack, Régis Hautière, Francis Laboutique et Olivier Frasier. Sur proposition de l’historienne Emmanuelle Polack, les éditions Casterman publièrent, entre 2014 et 2016, quatre biographies de résistantes au destin remarquable.
  • Le Boxeur de Reinhard Kleist. Cette BD revient sur le destin exceptionnel de Hertzko (Harry) Haft, un Juif polonais qui survécut à Auschwitz en boxant pour les nazis.
  • Varsovie, Varsovie, de Didier Zuili. L’auteur aborde la résistance armée mais aussi civile des Juifs du ghetto de Varsovie. En exclusivité dans l’exposition, sortie prévue en 2017 !

 

La Shoah des enfants

Des albums ont été spécialement conçus pour exercer l’intelligence des plus jeunes, le plus souvent à travers des récits centrés précisément sur le destin des enfants, victimes par excellence de la Shoah. Ce sont tout d’abord les témoignages d’enfants cachés qui ont été portés en bande dessinée. Puis, à partir des années 2000, la fiction entre en jeu : la montée de l’antisémitisme, les lois raciales, l’exclusion, la déportation, la Solution finale sont racontées le plus souvent avec justesse et souci pédagogique.

Une œuvre-phare

Seules contre tous de Miriam Katin

Miriam Katin a trois ans lorsque les nazis investissent la Hongrie, en 1944. Avec sa mère Esther, elle n’a d’autre choix que de se cacher à la campagne. S’inspirant du témoignage de sa mère, l’auteure va reconstituer ses propres souvenirs. C’est en 2006, à 63 ans, qu’elle conçoit les 120 pages de We Are on Our Own: A Memoir, son premier roman graphique, première évocation de la Shoah au féminin.

À découvrir dans l’exposition

  •  Le Journal d’Anne Frank a été l’outil de médiation par excellence des adolescents au savoir de la Shoah. Il fallut cependant attendre que cette œuvre tombe dans le domaine public pour que son récit soit finalement adapté en BD en 2016 par Antoine Ozanam et Nadji. Élégant sans jamais tomber dans un esthétisme déplacé, le dessin a gardé la spontanéité de l’écriture.
  • Les Enfants cachés, de Catherine Poujol et Fabien Lacaf, raconte le récit véridique des deux jeunes enfants Finaly, âgés respectivement de deux et trois ans, confiés à une institution catholique grenobloise par leurs parents quelque temps avant leur déportation vers Auschwitz. Plus de huit années de procédures judiciaires seront nécessaires pour voir ces deux enfants rendus à leur famille légitime. 

Le tribunal de l'histoire et les spoliations

Face aux récits des témoins qui se multiplient depuis les années 1980, quelques auteurs de BD ont essayé de tracer de nouvelles perspectives, de trouver de nouveaux angles. L’originalité n’est pas que dans le scénario, elle est aussi présente dans le dessin. Les créateurs assument la mémoire de la Shoah au prisme de leur sensibilité. Ce faisant, ils nous la font vivre et revivre.

Un autre thème moins connu, la spoliation des biens juifs, qui doit être considérée comme l’une des étapes de la Solution finale, a également fini par être abordé par des auteurs de bande dessinée.

À découvrir dans l’exposition

  • Nous n’irons pas voir Auschwitzde Jérémie Dres : Il n’y a plus de Juifs en Pologne affirmait la grand-mère de Jérémie Dres, récemment décédée. Jérémie et son frère ont décidé d’aller vérifier cette assertion sur place. Le jeune dessinateur raconte leur contre-enquête, un roman graphique étonnant où ils partent à la découverte des derniers Juifs de Pologne en évitant soigneusement de passer par Auschwitz
  • A Life Force, de Will Eisner : Jacob Shtarkah vit dans le Bronx absorbé par ses obligations familiales, loin des traditions juives. Tout son univers bascule à quand il reçoit d’Allemagne un courrier de son amour d’enfance lui demandant de l’aider face aux difficultés dans laquelle elle se trouve.
  • Rose Valland, capitaine Beaux-Artsde Claire Bouilhac, Catel et Emmanuelle Polack : en héroïne modeste et obstinée, Rose Valland, spécialiste de l’histoire de l’art, résiste sourdement contre la spoliation des biens juifs par les nazis.
  • La Propriété, de Rutu Modan : L’auteure israélienne Rutu Modan, multiprimée pour Exit Wounds, aborde pour la première fois le thème de la Shoah et raconte l’histoire d’une vieille dame, Regina Segal qui, accompagnée de sa petite-fille Mica, retourne en Pologne pour tenter de récupérer la propriété familiale qui leur a été volée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

  • Crimes de papier, de Johanna Sebrien et Jean-Baptiste Bertholom :  L’album retrace la « carrière » de Maurice Papon, de ses responsabilités dans la déportation des Juifs sous Vichy jusqu’à son procès plus de cinquante ans plus tard.

Transmission et référence

La Shoah est devenue une référence pour le travail de mémoire, en particulier pour les génocides arménien et tutsi, mais aussi pour les autres populations victimes du nazisme : handicapés, gens du voyage, homosexuels… Là encore, les artistes abordent ces sujets avec une sensibilité qui leur est propre, faisant passer des choses qui ne peuvent être transmises ni par un documentaire ni par un essai. La bande dessinée s’affirme comme un outil de transmission de la mémoire et de médiation diablement efficace.

Une œuvre-phare 

Varto : 1915, deux enfants dans la tourmente du génocide des Arméniens, de Gorune Aprikian, Jean-Blaise Djian et Stéphane Torossian.

Cette œuvre évoque le sauvetage de deux enfants arméniens. « J’ai eu l’idée générale de l’histoire après une discussion avec un député turc nationaliste, raconte le scénariste Gorune Aprikian. Il me disait qu’en 1915 son grand-père venait d’une famille d’origine adjar (région du sud de la Géorgie actuelle) mais que sa grand-mère n’avait pas d’origine. J’ai compris qu’à mots couverts il me confiait que cette grand-mère était arménienne. Je n’ai pas pu en dormir de la nuit en pensant que, pour les Arméniens, cette femme était morte en 1915 et, pour les Turcs, elle était née à l’âge de 16 ans en 1915. Et que personne ne racontait l’histoire de cette femme en entier. »

À découvrir dans l’exposition

  • Déogratias, de Jean-Philippe Stassen : le génocide des Tutsi est évoqué au travers de divers personnages, Hutu extrémistes, Hutu modérés, victimes tutsi et témoins européens, confondus. L’histoire se déroule en plusieurs séquences : avant, durant et après les événements génocidaires.

  • Manouches, de Kkrist Mirror : depuis des années, Mirror s’emploie à perpétuer la mémoire des manouches, eux aussi victimes des nazis. Avec son trait charbonneux, expressionniste, il rend parfaitement la vie, la condition et même la langue de ces personnages profondément attachants. 

Un sujet d’histoire(s) parmi d’autres

La veine métaphorique

La représentation de la Shoah se trouvant en quelque sorte libérée, des auteurs vont logiquement s’emparer du judéocide, symbole par excellence du mal absolu. Sa puissance évocatrice apparaît, en effet, sans pareille. Magneto comme Hellboy sont des enfants de la Shoah. Ils sont enfantés par ce qui est ressenti comme le summum de la folie, de la déraison humaine. L’angoisse génocidaire sous-tend pareillement le chef d’œuvre d’Alan Moore et David Lloyd, V for Vendetta, mais dans une nouvelle perspective, plus ouverte. Enfin, dans la même veine métaphorique que Maus, de nouvelles séquences nous présentent les hommes sous d’autres formes : fantômes, croquemitaines, animaux répugnants, voire… légumes.

À découvrir dans l’exposition

  • Auschwitzde Pascal Croci : tout intéressant qu’il soit, cet album pose problème : on se souvient qu’il s’articule autour de la grâce qu’accorde un SS à un enfant qui survit au gazage. En soi, le récit n’aurait rien de choquant si l’épisode n’était ne fut-ce que vraisemblable. Aucun enfant de moins de 12 ans ne survécut à l’enfer d’Auschwitz. L’auteur assume ses choix narratifs, se réclamant du droit de licence de la fiction.
  • Le Lait noir de Fanny Michaëlis : cet album raconte l’histoire de Peter, un Juif berlinois plongé au cœur de la tourmente nazie. Peter, qui n’est autre que le grand-père de la bédéiste, décide face aux menaces de plus en plus précises de s’exiler à jamais de sa terre natale : « Qui sait ce que deviennent ceux que l’on voit quitter, en rang, les villes et les campagnes, encadrés par des soldats », dit la mère au jeune garçon.
     

Fictions et compagnie

La fiction permet de magnifier le réel mais aussi de dépasser les limites du vraisemblable, sinon du raisonnable. Dans Je suis légion, Fabien Nury et John Cassaday (2004) confèrent une dimension fantastique à la Seconde Guerre mondiale en transformant les victimes juives en… golems grâce à du sang de vampire. L’intention n’est certes pas négationniste, mais n’est-on pas en droit de s’interroger sur l’impact de ces fictions dans l’imaginaire de ses lecteurs ? Quelles traces laissent-elles dans les mémoires, en particulier des jeunes ?

À découvrir dans l’exposition

  • Sir Arthur Benton de Tarek et Stéphane Perger (2005) se sert d’une intrigue d’espionnage où une taupe nazie s’est infiltrée dans les services secrets britanniques pour documenter le fait que les Alliés étaient parfaitement au courant des tenants et des aboutissants de la conférence de Wannsee qui décida des modalités de la Solution finale.
  • X-Men : Magneto, le testament, de Greg Pak et Carmine Di Giandomenico. Suite au succès de la première scène du film X-Men qui situe précisément Magneto dans l’enfer d’Auschwitz, le scénariste Greg Pak s’intéressa, en 2009, à développer le passé de l’anti-héros dans une mini série de cinq fascicules.
  • Le Ministère de l’espace de Warren Ellis et Chris Weston est une uchronie qui imagine que les Anglais arrivent sur la Lune avant les Américains et les Russes parce qu’ils ont pu récupérer « l’or des Juifs » volés par les nazis. 
  • Le printemps refleurira de Joanna Schippers nous propose un huis clos ferroviaire palpitant dans lequel un peintre juif habitant la France entreprend de revenir en Pologne en 1937 pour y retrouver son fils. Il se retrouve piégé par des SS pendant son voyage…

Conclusion

Une guerre sans fin

À la fin de ce parcours où se confrontent, sur une période de plus de 70 ans, tous les genres et tous les styles, l’exposition s’achève avec l’œuvre de Will Eisner qui, par son talent inclassable, incarne par excellence l’aventure du 9e art. Celui qui prête son nom à la plus importante distinction donnée à un auteur de BD aux États-Unis, les Eisner Awards, comprit à l’automne de sa vie qu’il lui fallait s’attaquer à son tour à l’antisémitisme, un fléau apparemment sans fin. Certaines de ses œuvres sont à découvrir dans l’exposition.

La Shoah est entrée dans l’univers de la bande dessinée au moment où celle-ci accédait enfin à la reconnaissance culturelle, notamment avec l’éclosion des romans graphiques, vecteur privilégié du discours mémoriel dans le 9e Art. Les stéréotypes et les idées reçues foisonnent dans ces bandes dessinées d’une incomparable qualité esthétique. Elles nous invitent à exercer notre esprit critique, mais également notre vigilance.

Une œuvre-phare

Le Complot : l’histoire secrète des Protocoles des sages de Sion, de Will Eisner

Cette œuvre d’Eisner, parue peu après son décès en 2005 aux États-Unis et en France, démonte le mécanisme de fabrication des Protocoles des sages de Sion, ce célèbre faux bricolé par la police secrète russe pour convaincre le tsar Nicolas II de la réalité d’un plan de domination juive du monde. Une histoire haletante, dessinée de main de maître. 

A découvrir dans l’exposition

  • Drei Steine de Nils Oskamp (« trois pierres », 2016, inédit en France) décrit la violence dans les années 1980 des groupuscules antisémites d’extrême droite dans la région natale de l’auteur (Dortmund-Dorstfeld) et sa capacité à résister aux sirènes de nombre de camarades de classe qui tentaient de le recruter. Une bande dessinée qui se termine par une visite émouvante au Yad Vashem à Jérusalem.